SB-03Surfaces et bois
L'imitation marbre
Le faux marbre à la peinture : la base claire, la veine tirée au pinceau long, l'estompage, et le glacis qui fait la profondeur de la pierre.
Éprouvée le · M. Rochant, animatrice d'atelier · relue par L. Vidal

Le faux marbre est le plus vieux truc de l'atelier : depuis des siècles, on peint le bois en pierre. L'ancienne boutique du domaine en publiait une fiche, et la table la reprend parce que c'est la technique qui apprend le mieux une chose : la matière se suggère, elle ne se dessine pas. Un marbre trop précis est un marbre raté.
La base, froide et satinée
La pierre est froide. La base du faux marbre est un blanc cassé légèrement bleuté ou grisé, posé en deux couches couvrantes et laissée satinée, jamais brillante : la branche viendra plus tard, avec le glacis. On travaille cette base comme un support normal, poncée au 240, parce que toute grainure sous la veine se lira comme une fissure.
La veine, tirée en un geste
La veine de marbre est un geste, pas un dessin : pinceau long et fin presque sec, gris dilué, tiré en diagonale en laissant la main trembler librement. Les veines ne se croisent qu'en formant des Y obliques, jamais en croix. La règle de la table : trois veines par face au maximum, et des surfaces de base intacte entre elles. Le marbre qui ressemble à du marbre a plus de calme que de veine.
L'estompage qui adoucit
Aussitôt la veine posée, on l'estompe au chiffon sec ou au pinceau doux dans un sens seulement : les bords doivent fondre légèrement dans la base. Une veine aux bords francs ressemble à un éclair peint ; une veine estompée ressemble à de la profondeur. C'est la seconde moitié du geste, et elle ne se rattrape pas : une veine sèche ne s'estompe plus.
Le glacis, la couche qui fait la pierre
Quand tout est sec, le glacis : une couche transparente légèrement teintée, passée à l'éponge ou au pinceau large, qui unifie et donne la profondeur humide de la pierre. Certaines tables ajoutent ensuite une seconde veine plus pâle par-dessus le glacis, ce qui place la veine « dans » la pierre. C'est facultatif et très convaincant.
Les marbres qui fonctionnent
La table a ses marbres de prédilection, ceux qui se réussissent : le blanc veiné de gris, le plus facile parce que le plus calme ; le vert de mer veiné de blanc, qui pardonne les veines trop fortes ; le noir veiné d'or, le plus difficile parce que la veine dorée exige la mesure que les débutants n'ont pas encore. Le marbre rouge et le marbre jaune existent, et la fiche les déconseille pour commencer : leurs veines demandent une assurance qui vient après dix faces réussies. La règle reste la même partout : moins de veine, plus de calme.
Le faux qui trompe à distance
Le faux marbre se juge à un mètre, jamais à vingt centimètres : de près, toute veine est un dessin ; de loin, la bonne veine est une pierre. La table pose la pièce à hauteur d'œil et recule, et c'est à cette distance que le marbre se corrige : une veine trop forte se couvre d'un passage de base, une zone trop vide reçoit une veine courte. Le geste est fait pour la distance de lecture, et la fiche l'écrit pour que personne ne corrige à vingt centimètres ce qui se lira à un mètre.
La fiche, éprouvée
La séquence base satinée, veine diluée estompée, glacis teinté est celle des traités de peinture décorative ; la règle des trois veines est la règle de la table, née de toutes les faces couvertes de trop de zigzags.


